Histoire de Pâtissier
Christelle Brua
Arrivée à Paris il y a presque 20 ans, « la petite Lorraine », aura parcouru un sacré bout de chemin depuis l’auberge familiale de Bischwiller. À 43 ans, Christelle Brua est depuis un an, la cheffe pâtissière du Palais de l’Élysée. Malgré une discrétion presque maladive, elle revient pour nous sur un parcours sans fautes.
Vos parents étaient donc aubergistes…
Mon père était cadre dans une coopérative laitière et un jour, avec ma mère, ils ont eu un coup de cœur pour une vieille bâtisse à Bischwiller. Et du jour au lendemain, ils se sont décidés à l’acheter, l’ont retapée et en ont fait une petite auberge.
Comment s’est déroulée votre enfance ?
Je garde le souvenir d’une enfance sympa, mes parents ont toujours beaucoup travaillé, mais je n’ai jamais manqué d’affection, nous ne manquions de rien d’ailleurs. J’ai grandi avec ma grande sœur, de trois ans mon aînée. Elle est coiffeuse, donc rien à voir avec moi. Elle n’aimait pas du tout la restauration. Je garde sinon le souvenir des « cousinades » organisées chez ma grand-mère et des repas qu’elle préparait pour ces grandes tablées.
À quel moment vous dirigez-vous vers la cuisine ?
À la base je ne voulais pas du tout faire ça. J’ai suivi des études littéraires, puis j’ai décidé d’être styliste. Je préparais mes concours d’entrée pour l’école Boule et pour l’école de Condé. J’avais réussi le concours mais vu le coût de ces études, j’ai dit à mes parents « je vais vous aider au restaurant, le temps que je trouve autre chose », et en fait je me suis éclatée. J’étais hyper à l’aise, je faisais un peu de service, un peu de bar avec mon père, car nous n’avions pas d’employé. Je faisais un petit peu de plonge, et j’étais souvent en cuisine. Et un jour, mon père, à force de m’observer, m’a dit : « Ça à l’air de te plaire. Je sais qu’un restaurant cherche un apprenti, si tu veux tu peux y aller. » Et j’y suis allée, c’était Le Soldat de
l’An II à Phalsbourg.
C’est cette première expérience qui vous a donné l’envie ?
Non. C’était très dur moralement, mais je ne voulais rien lâcher. Je ne me plaignais pas. J’ai montré au chef des cuisines Michel Didelon et au chef pâtissier Philippe Ardizzoia que j’avais ma place auprès d’eux. Ils m’ont transmis, chacun dans leurs domaines, les bases du métier. Et ils m’ont ensuite préparée au concours de meilleure apprentie de Moselle ; le soir où je suis revenue au restaurant avec le trophée, je les ai vu émus et fiers. Comme moi quand, quelques années plus tard, en 2013, une jeune fille que j’ai formée est devenue meilleure apprentie de France. J’ai eu mon CAP dans la foulée avec tableau d’honneur. J’ai beaucoup appris grâce à eux deux et je les en remercie.
Cet article est issu du magazine
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